Mesure des impacts environnementaux – L’Analyse du Cycle de Vie

Aujourd’hui la prise en compte de l’empreinte environnementale des produits fait partie intégrante des attentes sociétales. Ce sujet concerne l’ensemble des filières de productions animales dont l’alimentation est un élément clef. Ces enjeux ne peuvent désormais plus être mis de côté par les entreprises de notre secteur. Il existe aujourd’hui des méthodologies et des outils qui se développent dans ce domaine, peu utilisés à ce jour, telle que l’Analyse du Cycle de Vie, mise en lumière dans cet article.

Interview de Jean-François Rous – Vice-président exécutif innovation chez ADISSEO

 

« L’analyse de cycles de vie vise à améliorer l’empreinte environnementale des produits et procédés »

 

Qu’est-ce que l’analyse des cycles de vie ou ACV ?

C’est avant tout une approche théorique pour évaluer l’empreinte environnementale des flux et procédés de fabrication, de la molécule ou matière première, jusqu’au produit final et son usage. Le tourteau de colza, issu de la trituration de la graine, est un bon exemple. Son ACV cumule tous les cycles de vie, du champ à l’auge, avec leurs impacts en termes d’émissions de GES, d’usage des sols… ou de consommation énergétique.

 

Dans cet exemple, l’ACV fait intervenir les surfaces nécessaires à la culture de colza, mais aussi les intrants comme les engrais ou les pesticides, le matériel agricole pour préparer les sols, pour les semis ou récoltes (tracteurs, charrues…), sans oublier la production des graines. L’ACV est une approche d’autant plus difficile que le process est complexe. Il existe une méthodologie validée par l’UE, le PEFCR (1) et des tables qui expriment l’empreinte environnementale pour des matières premières, du machinisme ou procédés, comme le GFLI (2).

L’ACV ne concerne-t-elle que les impacts défavorables ?

Elle prend en compte tous les impacts environnementaux, positifs comme négatifs. Ainsi, le tourteau de colza bénéficie d’un effet positif sur son une empreinte environnementale par son utilisation dans l’alimentation des animaux en substitution du tourteau de soja importé.

Quels sont les pièges à éviter avec l’ACV ?

D’une part, éviter d’être trop simpliste dans la définition du process d’un produit. Le risque est grand que l’ACV soit imparfaite et que l’impact environnemental soit minoré. Cette situation expose à certaines désillusions, rapidement challengées.

D’autre part, une description exhaustive d’un process vous emmènera dans une complexité telle qu’il sera très probablement impossible de conclure sur cette ACV ou pourra entraîner une surpondération de l’empreinte environnementale de votre produit.

Comment les adhérents de l’AFCA-CIAL peuvent-ils mettre en œuvre l’ACV au sein de leurs entreprises ?

Il peut être intéressant d’avoir recours à des équipes externes pour assurer la meilleure approche en toute objectivité. L’ACV exige des compétences particulières. Il ne suffit pas de mettre en place une équipe, encore faut-il que le volume de sujets à traiter soit suffisant, ce qui parait peu probable dans le secteur de l’alimentation animale.

Il est possible de s’appuyer sur des agences spécialisées en ACV, comme l’ADEME l’est, par essence, sur des dossiers énergétiques. Il n’est pas nécessaire de trouver des spécialistes dans le domaine d’activités, l’ACV étant avant tout une méthodologie. Mais certains cabinets peuvent se consacrer à un secteur en particulier pour gagner en visibilité.

Quelle valeur ajoutée les adhérents de l’AFCA-CIAL peuvent-ils espérer de l’ACV ?

Vouloir utiliser l’ACV à des fins purement commerciales est à mon avis contre-productif. Cette discipline fait intervenir tellement de critères et paramètres que votre ACV sera contre-carrée par les arguments d’un concurrent dont l’ACV de son produit ne sera pas plus irréprochable que la vôtre.

L’objectif d’une démarche ACV est, à mon sens, de proposer des innovations les moins impactantes possibles sur l’environnement. C’est avant tout une démarche volontariste et collective. Nous pouvons considérer que les innovations des producteurs d’additifs, de prémélanges ou d’aliments composés, non seulement augmenteront l’indice de conversion alimentaire, mais auront aussi un effet positif sur toute la chaine alimentaire. L’ACV doit s’inscrire dans la culture et l’ADN de l’entreprise et de nos métiers.

 

  1. Product Environmental Footprint Category Rules – http://ec.europa.eu/environment/eussd/smgp/pdf/PEFCR_feed.pdf
  2. The Global Feed LCA Institute – http://globalfeedlca.org/

Les commentaires sont fermés.