Le rôle de la nutrition animale dans la lutte contre l’antibiorésistance

 

« Des « non-nutriments » ont un rôle clé dans la santé des animaux grâce à leurs propriétés. »

Interview de Fabrice ROBERT – Vétérinaire et responsable R&D chez CCPA (réalisée par Loïc DOUMALIN)

 

Réduire l’utilisation des antibiotiques pour limiter les risques d’antibiorésistance chez les germes pathogènes. C’est une volonté forte de l’Union Européenne*. Diverses solutions sont possibles et efficaces à condition de les associer. La nutrition est sans doute l’une dont les potentiels d’efficacité et de progrès sont parmi les plus élevés.

 

Quelle place pour la nutrition animale dans ce contexte de maîtrise des antibiorésistances ?

La nutrition animale comme facteur de santé, cette idée existait déjà au début des années 2000. Puis, le développement des antibiorésistances a abouti aux programmes nationaux EcoAntibio pour réduire le recours aux antibiotiques. De nouvelles perspectives se sont présentées pour la recherche de solutions nutritionnelles alternatives afin de renforcer la santé des animaux de production, en particulier sur deux axes : le stress oxydatif et l’immunité.

Quelles évolutions ont profité à la recherche pour faire le lien entre nutrition et santé animale ?

Nous connaissons bien les facteurs de stress qui font le nid des infections bactériennes. Il s’agit du vêlage chez les vaches, du sevrage chez le porc, de l’allotement des futurs broutards… Nous avons bénéficié des recherches et des connaissances en micronutrition des sportifs de haut niveau, régulièrement confrontés au stress. Et nous avons désormais accès à des outils d’analyse pour identifier des marqueurs biologiques liés à la santé. Puis est arrivée la nutrigénomique, qui nous ouvre un nouveau potentiel de connaissances sur les interrelations entre la nutrition et l’expression des gènes.

Faut-il aller plus loin que l’approche conventionnelle de la nutrition?

En effet, gérer le stress oxydatif et maîtriser les réactions inflammatoires sont des objectifs qui vont d’au-delà des apports d’une approche classique de la nutrition. Même si les fondamentaux restent de vigueur pour couvrir les besoins d’entretien, de croissance et de production de lait, de viande ou d’œufs des animaux. Nous arrivons dans un nouvel univers, où le « non-nutriment » est tout aussi important que le nutriment.

Qu’entendez-vous par « non-nutriment » ?

Lors d’un récent congrès, les recherches du Pr. Huffman démontraient que le menu des primates sauvages se composait à 10-20 % d’aliments sans aucune valeur énergétique. Cependant, ces singes les consomment, pour moduler leur activité digestive, lutter contre le parasitisme ou bien encore stimuler l’activité sexuelle lors des périodes de reproduction. Certains de leurs composants ont des propriétés spécifiques qui influent le métabolisme. D’où cette notion anglo-saxonne de « non nutrient ». Cet exemple est comparable à la consommation de tanins, pourtant amers, par les chèvres pour faire face à la pression parasitaire. Les animaux expriment des capacités d’orienter leur nutrition en fonction de leur état physiologique ou de santé.

De quelle manière ces « non-nutriments » vont-ils influencer la nutrition animale ?

Tout n’est pas extrapolable de l’espèce humaine ou d’autres espèces animales. Le premier challenge est de mieux connaître l’action positive ou négative des principes actifs des différents constituants des aliments, leurs modes d’actions et les relations doses-effets, en fonction de l’espèce… Le second challenge est d’intégrer des « non-nutriments » dans nos formulations pour leur action, à côté de critères nutritionnels classiques comme les protéines ou l’énergie.

Cette nouvelle approche est la solution pour se passer d’antibiotiques ?

Des éleveurs de porcs choisissent de travailler avec un aliment porcelet 1er âge sans antibiotique. Ils obtiennent des résultats zootechniques comparables aux autres élevages. Ces éleveurs ont aussi réduit le recours aux antibiotiques dans les ateliers d’engraissement, voire les maternités. C’est possible grâce aux progrès récents de la nutrition animale. Mais celle-ci ne fait pas tout, il n’existe pas de solutions miracles. Il serait dangereux de relâcher les efforts sur la biosécurité, par exemple.

 

*Comité Européen sur l’agriculture et le développement rural du Parlement Européen (rapport du 10 juillet 2018)
** Conseil Scientifique de la Nutrition Animale

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